Mon Grand Petit Prince…

S’il y a bien un livre qui me suit depuis plus de 20 ans, c’est Le Petit Prince. Je le relis tous les ans, parfois même plus fréquemment. Il est toujours là, pas loin. Je pourrais le lire les yeux fermés tant j’ai usé ses pages. Les mots, eux, n’ont pas bougé.

Et pourtant, lui et moi, c’était pas gagné. La première fois que je l’ai vraiment rencontré, je l’ai trouvé trop facile, pas très grand, pas vraiment intéressant. Je devais avoir 14 ans et je crois que je l’aurai voulu volumineux, arrogant, inaccessible. Je cherchais la difficulté pour m’y confronter. Je voulais lire comme les gens intelligents, réussir à trouver les sens cachés sous des forêts de mots compliqués. Je voulais du plus-que-parfait, du subjonctif passé, des phrases sybillines, des lexies absconses. Je voulais lire comme on ne parle plus. J’avais 14 ans et je ne savais pas encore.

Et puis à 16 ans, je l’ai repris et je l’ai trouvé assez charmant finalement. Il pensait comme moi, me chuchotait ce que je pensais savoir déjà, me disait que rester enfant ne voulait pas dire ne pas être grand. J’ai donc décidé de le garder, pour être sûre de ne jamais oublier.

On s’est revus plusieurs fois ensuite, je l’aimais bien. J’appréciais la chaleur de ses pages pendant mes hivers, la fraîcheur de ses mots quand venaient mes étés.

Et puis j’ai continué de grandir. Lui aussi. Petit à petit. Plus du tout effrayée par son apparente simplicité, je commençais à comprendre. D’autres que lui étaient passés entre mes mains, mais je lui revenais toujours. Ce n’était pas passionnel. Ce n’était pas fougueux. On se tenait seulement la main, et ça m’allait bien.

Et aujourd’hui… Aujourd’hui j’ai vieilli. Lui aussi. Son papier s’est froissé, le mien aussi. Aujourd’hui je sais que la beauté ne naît pas que dans la complexité et que les grands livres tiennent parfois en quelques pages.

On se connait depuis longtemps maintenant, mais je l’aime toujours autant. Et celle que je suis lui doit beaucoup. Parce qu’il m’a dit comme il est important de prendre soin de ses roses. Et qu’il faut accepter quelques chenilles si l’on veut des papillons.
Que les épines ne protègent pas de tout. Qu’il ne sert à rien de compter.
Qu’il faut savoir écouter.
Que l’on peut apprivoiser même les renards.
Que c’est le temps que l’on passe à connaître les gens qui les rend importants…

Mon grand Petit Prince… Tu m’as fait pleurer autant que sourire. Tu m’as soufflé le prénom de ma fille. M’as offert la couleur du blé et le rire des étoiles. Alors pour tout ça, merci.

C’est à moi de t’offrir maintenant, à mes enfants, aux gens qui me sont importants. A ceux que j’aime un peu, beaucoup, passionnément. Et s’ils t’ont déjà ? Et bien qu’ils te fassent voyager. Tu aimes ça, n’est-ce pas, les voyages ?

Quant à vous, Mr l’aviateur, je voulais vous l’écrire. Il est revenu. Il revient toujours. Il n’est jamais vraiment parti vous savez. Et grâce à vous, le désert n’a jamais été aussi beau.

4 commentaires sur “Mon Grand Petit Prince…

  1. Il m’attend tout doucement, il me fixe chaque jour mais je ne sais pas pourquoi je lui dis d’attendre cet hiver, 🤫 me dit il, prend moi quand ton cœur sera prêt, chaque nouvelle rencontre entre nous est différente, chaque nouvelle rencontre nous ouvre d’autres horizons et puis on se quitte pour se re-découvrir, demain ou encore plus loin mais toujours impatient de se trouver d’autres émotions à partager, un amour différent sur le temps…

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