Ici n’est plus ici, de Tommy Orange

📚 4ème de couverture :

Ă€ Oakland, dans la baie de San Francisco, les Indiens ne vivent pas sur une rĂ©serve mais dans un univers façonnĂ© par la rue et par la pauvretĂ©, oĂą chacun porte les traces d’une histoire douloureuse. Pourtant, tous les membres de cette communautĂ© disparate tiennent Ă  cĂ©lĂ©brer la beautĂ© d’une culture que l’AmĂ©rique a bien failli engloutir. Ă€ l’occasion d’un grand pow-wow, douze personnages, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, vont voir leurs destins se lier. Ensemble, ils vont faire l’expĂ©rience de la violence et de la destruction, comme leurs ancĂŞtres tant de fois avant eux. DĂ©bordant de rage et de poĂ©sie, ce premier roman, en cours de traduction dans plus d’une vingtaine de langues, impose une nouvelle voix saisissante, vĂ©ritable rĂ©vĂ©lation littĂ©raire aux États-Unis. Ici n’est plus a Ă©tĂ© consacrĂ© « Meilleur roman de l’annĂ©e » par l’ensemble de la presse amĂ©ricaine. Finaliste du prix Pulitzer et du National Book Award, il a reçu plusieurs rĂ©compenses prestigieuses dont le PEN/Hemingway Award.

đź–‹ Mon avis :

Douze personnages comme autant de flèches dans le carquois. Ou bien n’y en avait-il qu’une, bien affĂ»tĂ©e, mais douze cordes sur l’arc ? L’archer Tommy Orange a bien maniĂ© douze cordes, mais vocales. Et c’est sous sa plume qu’elles ont Ă©tĂ© dĂ©cochĂ©es. Dans ses mots qu’elles ont vibrĂ©.

Douze vies. Douze fils qui se croisent et se tissent. Le premier nœud, le point commun ? Ils sont indiens.

Au long des pages, il faudra les suivre et les Ă©couter. Les regarder se nouer, se dĂ©nouer, se frĂ´ler. Petit Ă  petit. Chacun son tour. Et puis apprendre Ă  les connaĂ®tre, Ă  les comprendre. Jusqu’Ă  la fin.

Douze histoires pour une seule. Des origines Ă  aujourd’hui, Tommy Orange coud son histoire au fil de la grande. Et l’aiguille pique souvent, elle s’enfonce mĂŞme profondĂ©ment par moment, pour montrer le sang qui a coulĂ© et le regarder tâcher le tableau un peu trop parfait que d’autres ont dessinĂ©. Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit, de ce qu’il reste des premiers, ces indiens natifs, de ce qu’ils sont devenus, nourris des miettes toxiques qu’on leur a laissĂ©es. ExpatriĂ©s sans mĂŞme quitter le sol qui les a vu naĂ®tre, volĂ©s, abusĂ©s, nĂ©gligĂ©s dans l’indiffĂ©rence la plus totale, vouĂ©s Ă  disparaĂ®tre. Comment peuvent-ils s’Ă©panouir tandis qu’on les piĂ©tine des racines aux bourgeons ? Des centaines de tribus rĂ©duites sous une seule identitĂ© : des indiens. Presque fantomatiques. Presque invisibles. Presque plus rien.

Ici n’est plus ici, c’est un roman choral, un chant en canon formĂ© par des voix jusque lĂ  quasiment aphones, mais Ă  qui l’auteur redonne du coffre. Elles racontent, les unes après les autres, des histoires dures et dramatiques inventĂ©es au cĹ“ur du rĂ©el. Et quand un chapitre commence, les prĂ©cĂ©dents rĂ©sonnent encore. Et tout au long, des insertions d’Histoire, comme des coups forts portĂ©s sur le Grand Tambour. Le rythme de fond. Jusqu’au Grand Pow-wow, le final, oĂą tous se mĂŞleront. Le chĹ“ur.

Ça gronde, ça vibre. Ça remue la terre et soulève la poussière cachĂ©e sous le tapis. Ça montre que tout est loin d’ĂŞtre aussi propre que certains le disent.

C’est un livre qu’on ferme pour en ouvrir d’autres. Et un auteur que je lirai encore j’espère.

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