Je ne suis pas sortie de ma nuit, d’Annie Ernaux

📚 4ème de couverture :
Ma mère a été atteinte de la maladie d’Alzheimer au début des années 80 et placée dans une maison de retraite. Quand je revenais de mes visites, il fallait que j’écrive sur elle, son corps, ses paroles, le lieu où elle se trouvait. Je ne savais pas que ce journal me conduirait vers sa mort, en 86.

🖋 Mon avis :

Une centaine de pages. Un journal. Non, je n’ai pas lu un livre, j’ai lu Annie Ernaux. Sa peine et sa culpabilité. Sa douleur. Sa mère, qui part. Elle.
▪️
On dit que les yeux sont le miroir de l’âme, c’est vrai, et ici, les mots sont comme des regards. Des yeux sur papier. Alors j’ai lu ces regards. J’ai lu ces instants. J’ai lu ces phrases battues par le cœur, chuchotées par la tête, puis laissées là, sur un carnet. Ecriture du soi, de l’intime.
▪️
Ce n’est pas une histoire, c’est un morceau de vie. Et de mort aussi. Petit à petit, l’érosion de la mère qui alors se décolore et se brouille. Bientôt, ne reste plus qu’une image, presque blanche, tenue par ceux qui restent et qui y projettent les souvenirs.
▪️
En quelques pages, Annie Ernaux nous ouvre sa fenêtre sur le cœur qui pleure. Quand l’enfant que l’on est, doucement disparaît. Quand on doit prendre, sans autre choix, la place de sa mère, pour sa mère. Quand la vie de celle qui nous l’a donnée se recroqueville.
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J’ai lu le souffle qui ralentit, l’esprit qui s’échappe, la peau qui s’affine. Et les mains autrefois réconfortantes qui aujourd’hui désobéissent. La dignité volée, envolée. Et puis la douleur et l’impuissance de celle qui reste. Et le sentiment de culpabilité, encore, toujours, malgré tout.
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Ecrire par besoin. Ecrire pour soi, puis l’offrir aux autres. Quelques mots, leur importance. Ceux que l’on note de peur de les perdre. Et si le temps nous faisait oublier. Et si on perdait ça aussi. Ces mots-là au moins ne bougeront pas.

▪️
Quelques mots sur un carnet. Et la justesse brute de leurs instants.

4 commentaires sur “Je ne suis pas sortie de ma nuit, d’Annie Ernaux

  1. Il faudra que je lise ce livre de cette auteure essentielle de la littérature. J’ai particulièrement aimé « mémoire de fille » sur une période de jeunesse, donc plus joyeuse. Merci pour cet article

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