Opus 77, de Alexis Ragougneau

📚 4ùme de couverture :

« Un jour, dans mille ans, un archĂ©ologue explorera ton refuge. Il comprendra que l’ouvrage militaire a Ă©tĂ© recyclĂ© en ermitage. Et s’il lui vient l’idĂ©e de gratter sous la peinture ou la chaux, il exhumera des fresques colorĂ©es intitulĂ©es La Vie de David Claessens en sept tableaux. Je les connais par cƓur, ils sont gravĂ©s Ă  tout jamais dans ma mĂ©diocre mĂ©moire, je peux vous les dĂ©crire, si vous voulez faire travailler votre imaginaire :
L’enfant prodige choisit sa voie.
Il suscite espoirs et ambitions.
Le fils trĂ©buche, s’éloigne, ressasse.
Dans son exil, l’enfant devient un homme.
Le fils prodigue, tentant de regagner son foyer, s’égare.
Blessé, il dépérit dans sa prison de béton.
Mais Ă  la diffĂ©rence des tapisseries de New York, ton histoire est en cours ; il nous reste quelques tableaux Ă  Ă©crire, toi et moi, et je ne dĂ©sespĂšre pas de te faire sortir un jour du bunker. La clĂ© de ton enclos, de ta cellule 77, c’est moi qui l’ai, David. Moi, Ariane, ta sƓur. »

🖋 Mon avis :

Entrez, installez-vous. Rang F, place 14. Chut, parlez sotto voce, ça va commencer. Mais le maestro a les mains couchĂ©es…

Nous sommes tous ici pour rendre un dernier hommage Ă  Claessens pĂšre, ancien pianiste devenu chef d’orchestre de grande renommĂ©e. Et aujourd’hui, c’est sa fille, Ariane, qui va jouer. Pour lui, pour nous, pour eux. Pour leur famille abĂźmĂ©e. Pour elle. Pour son frĂšre. Un concerto pour violon jouĂ© au piano, l’Opus 77 de Chostakovitch. La sƓur rejoue le frĂšre, parle du pĂšre, effleure la mĂšre. Leur famille sur une partition.

Nocturne (moderato). Sans faire de bruit, je suis entrĂ©e et me suis terrĂ©e. Sous le piano. De lĂ , j’ai Ă©coutĂ© les voix frotter les cordes et les frapper. Je n’y connais presque rien Ă  la musique, mais j’ai tendu l’oreille, attentive. Piano, elle est entrĂ©e et mon cƓur a vibrĂ©. Pizzicato. Coll’arco. Avec les doigts, avec l’archet. Ne me parlez plus. Ecoutez.

Scherzo (allegro). EmportĂ©e. C’est montĂ© crescendo. Je ne pouvais plus le lĂącher. Prise dans l’orchestre, impossible de partir. Ariane, j’ai suivi ton fil. Tes mains posĂ©es sur les 88 touches du clavier m’ont fait entendre ton piano, son violon, ta famille. Ses dĂ©chirures. Les pieds en Ă©quilibre sur la tablature, je n’ai ratĂ© aucune mesure. J’ai entendu l’importance des silences, regardĂ© la baguette du chef, observĂ© les mains des musiciens. Votre musique, dĂ©saccordĂ©e, abĂźmĂ©e. C’est fort, beau et puissant. J’entends.

Passacaglia (andante). Les pages volent, englouties par la cadence. Le violon devient maestro. De tout mon corps, je vous Ă©coute. Mes yeux d’abord, puis mes oreilles, et mon cƓur. Je pleure.

Burlesque (allegro con brio – presto). Je m’enivre de ces mots. Les phrases m’ont soulevĂ©e. C’est la fin, dĂ©jĂ . Je bafouille et ferme ces pages sur un dernier coup d’archet. Magistral.

Opus 77 donc. Un immense coup de cƓur. J’aimerai tellement que vous le lisiez… Les silences sont essentiels mais ne doivent pas durer, alors quand le livre a bouleversĂ©, il faut en parler. Et je n’en ai pas fini, vous savez. Le concert vient de commencer.

Merci mille fois Ă  Babelio et aux Ă©ditions Viviane Hamy de m’avoir proposĂ© ce livre. Sans vous, je ne l’aurais probablement jamais lu 🙏

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