Le dernier juif d’Europe, de Joann Sfar

Reçu dans le cadre d’une masse critique privilégiée grâce à Babelio, je ne savais rien de ce livre. Couverture neutre, pas de 4ème, le mystère restait entier. Ça a du bon parfois, mais ça peut désarçonner. Et là, j’ai bien failli tomber de ma monture.

Enfin, pour être honnête, je n’ai pas fait que faillir, je suis tombée, parachutée au cœur d’une histoire de monstres, d’un monstre. Tentaculaire, surpuissant, dangereux. Une histoire de haine. Une histoire contemporaine des juifs aussi. Et d’un vétérinaire gay, et du prépuce de son père. Et d’un vampire avec un skate. Vous n’y comprenez rien ? J’ai cru que ça allait être mon cas aussi. Mais finalement, je me suis accrochée, et j’y ai vu clair, malgré le tournis que tout ça me donnait.

Une fois la dernière page refermée, je ne savais toujours pas si j’avais aimé. Il m’a fallu quelques heures, quelques jours, pour digérer et comprendre que oui. Plus que l’histoire, c’est le message qui me revenait. Les tentacules m’avaient enserrée. Joann Sfar m’a déroutée. Non, ce n’est pas ça. Je n’avais ni plan ni carte, je n’ai pas perdu ma route. J’ai simplement pris un chemin que je n’avais pas vu et coupé à travers la forêt. Et je suis entrée dans l’histoire, dans le livre. Mais quel livre ? Un roman ? Peut-être. Sûrement. Un roman graphique alors, mais sans dessin. Joann Sfar a écrit une BD, tracée de lettres, aux images rédigées. Je le savais attaché au dessin, mais je ne savais pas qu’il l’écrivait aussi.

Je ne sais pas quoi vous dire de ce livre. Je peux vous redire que c’est l’histoire d’un homme, de son père. Du poids de leur religion, poids qui ne devrait pas être mais qui est, encore, malheureusement. Que ça parle de monstres et d’une psy, mais que vous y trouverez aussi Macron et les gilets jaunes. Et des monstres. Je vous l’avais déjà dit ? Ah. Faut dire qu’il y en a beaucoup, partout.

A moins que je ne vous en dise pas grand chose finalement, et que vous le découvriez à l’aveugle, comme moi. Pour qu’il vous emmène dans ses méandres, au cœur de ses planches, vignette après vignette. Joann Sfar esquisse mais vous laisse les crayons. Ouvrez les yeux, lisez. Dessinez. Mais je vous préviens, sous l’humour et la fable, ce qui se profile n’est ni drôle ni tendre. Reliez les points et vous découvrirez par vous-même cette caricature au vitriol et au trait un peu forcé de notre société. Il ne m’aura manqué qu’un peu de subtilité pour pleinement l’apprécier.