Nous rêvions juste de liberté, d’Henri Loevenbruck

📚 4ème de couverture :
« Nous avions à peine vingt ans, et nous rêvions juste de liberté. » Ce rêve, la bande d’Hugo va l’exaucer en fuyant la petite ville de Providence pour traverser le pays à moto. Ensemble, ils vont former un clan où l’indépendance et l’amitié règnent en maîtres. Ensemble ils vont, pour le meilleur et pour le pire, découvrir que la liberté se paye cher.

Nous rêvions juste de liberté réussit le tour de force d’être à la fois un roman initiatique, une fable sur l’amitié en même temps que le récit d’une aventure. Avec ce livre d’un nouveau genre, Henri Lœvenbruck met toute la vitalité de son écriture au service de ce road movie fraternel et exalté.

🖋 Mon avis :

Pied sur le kick. Pas de casque. Pas de GPS. Des amis dans les roues. Et la route, juste la route. Pavée de centaines de pages.

Ça fait au moins 45 jours que je tourne autour de mes mots sans les trouver. 45 jours que je cherche quoi vous en dire. J’ai encore le vent dans les cheveux, des bruits de motos dans les oreilles, mes amis plein le cœur. J’ai 15 ans. Puis 18. Puis 20. Je revois nos soirées à parler, nos rendez-vous matinaux avant d’aller en cours. Nos fêlures, à peine évoquées mais jamais oubliées. Nos sourires pour panser. Et puis me revient Bohem. Bohem.

Je ne voulais pas finir ce livre. Je ne voulais pas tourner la dernière page. Je voulais rouler encore. Et lire, lire, lire. Son histoire, ses mots, sa vie. Je voulais le suivre toujours, accrochée à ses hanches, le moteur comme autoradio. Ecouter ses amitiés, les fortes, les belles, celles qui font gronder le cœur. Coller l’oreille sur les cicatrices de son cœur. Voyager avec sa bande. Mais le livre s’est fini. Moto à l’arrêt. Seules mes larmes ont continué à rouler. Longtemps, très longtemps après. Au point que mon fils s’est inquiété.

« Ça va maman ?

– Ça va mon cœur, c’est rien. C’est juste mon livre.

– Ah… il devait être vraiment…

– Oui, c’est exactement ça, mon grand. Il était vraiment…. Vraiment. »

Alors merci Mr Loevenbruck. Vous m’avez arrachée à mon fauteuil, ramenée à mes premières grandes amitiés, à mes 20 ans, à mon avant. Vous m’avez embarquée, et je ne voulais pas poser le pied. Alors oui, Monsieur, sans vous avoir lu, mon fils avait raison. Votre livre est vraiment… Vraiment.

Grandir un peu, de Julien Rampin


Quand, comme moi, on touche à peine le mètre soixante en se mettant sur la pointe des pieds, il faut bien admettre que ce titre est tentant. Mais ce n’est pas pour ça que j’ai ouvert ce livre. Non, je l’ai ouvert, impatiente, parce que Julien. Parce que Juju. Parce que c’était lui. Et je l’ai commencé, un peu tremblante, parce que tout ça aussi. Il me tardait de le lire, mais j’appréhendais, forcément. Comment lui dire si jamais je n’aimais pas ? Mais comme je suis une grande petite fille, et que l’excitation était plus forte que tout, j’ai mis mes peurs dans le fond de ma poche et dégainé mes lunettes. A nous deux Monsieur Rampin !

Je tourne les premières pages, le sourire monte. D’autres pages encore, ce sont les larmes. Petit à petit, je pars à la ferme. Depuis mon fauteuil, j’écoute aux portes et j’entends Jeanne, la timide, la trop longtemps effacée et Lucas, le beau, le doux, le mystérieux, l’esquinté. Depuis mon fauteuil, j’écoute aux cœurs, fragiles, et j’entends Raymonde, la bariolée, la toujours libre et effrontée, celle au langage aussi fleuri que son jardin. Et puis parfois, au creux de ces trois-là, je me vois. Mon fauteuil est vide. Je suis là-bas.

Un à un, ils m’ont touchée. Un à un et tous ensemble. Mais je dois vous dire, au milieu d’eux, quelque part dans ces mots, ce que j’ai lu surtout, c’est lui, Julien. Les sourires et les rires qui me viennent, ce sont les siens. L’émotion qui monte, c’est la sienne. Il n’a pas créé tout ça à partir de rien, il l’a tissé au fil de lui. Comment ai-je pu imaginer être déçue ? Ce n’était pas possible. Ce livre ne serait pas signé que j’en aurais quand même deviné l’auteur. Parce qu’il respire la sincérité, le sud, la vie, l’amour. Parce qu’il parle des gens, les vrais, les simples, et de ce qu’ils gardent lourdement au fond du cœur. Qu’il dit le courage et les souffrances, et les fêlures sous la force et les sourires. Qu’il raconte les rencontres. Celles qui abîment et celles qui soignent, les plus belles. Celles auxquelles on ne croyaient pas, plus, et qui arrivent, sans prévenir, au détour d’un chemin de terre, derrière des volets bleus.

J’ai longtemps cherché quoi vous dire, alors que je connaissais déjà la réponse. Si vous aimez Juju, lisez-le. Si vous ne le connaissez pas encore, allez faire un tour sur @labibliothequedejuju et faites-vous une idée. Parce que Grandir un peu, c’est lui. Grandir un peu, c’est rire et sourire, beaucoup. Et avoir les yeux humides, souvent. Et l’envie de le relire, forcément. Un jour, quelqu’un a dit « On ne voit bien qu’avec le cœur ». Je crois que c’est comme ça qu’on doit écrire aussi. Et Julien Rampin écrit bien. Mieux que bien même, puisque son coeur a touché le mien.

Julien, maintenant c’est à toi que je m’adresse. Merci. Merci de m’avoir fait confiance. Merci pour les remerciements et les tirets cadratins. Merci d’être une de mes rencontres à moi. Tu n’avais ni jogging ni chemise de bûcheron, mais un soir de Mai, tu as été ma Raymonde en m’ouvrant tes bras comme elle aurait ouvert sa porte. Tu n’avais pas mis d’annonce, simplement tes mots sur ceux des autres, mais ça avait suffi pour que j’ai envie de te rencontrer. Ce soir-là, pour moi, @labibliothequedejuju est alors devenu Julien. Mais à partir d’aujourd’hui, ce sera Julien Rampin, l’écrivain.

UnPur, d’Isabelle Desesquelles

📚 4ème de couverture :

Garder ce qui disparaît, c’est l’œuvre d’une vie. C’est notre enfance.
Benjaminquejetaime et Julienquejetaime, c’est ainsi que leur mère les appelle. Tous les trois forment une famille tournesol aux visages orientés vers le bonheur. Le destin en décide autrement quand un inconnu pose les yeux sur les jumeaux, se demandant lequel il va choisir.
Quarante ans plus tard s’ouvre le procès du ravisseur, il n’est pas sur le banc des accusés, et c’est sa victime que l’on juge.
Quand l’enfance nous est arrachée, quel humain cela fait-il de nous ?
De l’Italie – Bari et Venise – au Yucatán et ses rites maya ancestraux se déploie ici l’histoire d’un être dont on ne saura jusqu’au bout s’il a commis l’impardonnable.
À sa manière frontale et poétique, Isabelle Desesquelles joue avec la frontière mouvante entre la fiction et le réel, et éclaire l’indicible.
Roman de l’inavouable, UnPur bouscule, envoûte et tire le fil de ce que l’on redoute le plus.

🖋 Mon avis :

Je suis vide, vidée. Epuisée. L’impression que ce livre m’a tout pris.

Ne plus pouvoir lire. S’arrêter. Reprendre. Aimer. Adorer. Se demander si c’est normal de tant accrocher. Oui. Au point que mon cœur est gros au moment où je referme ces pages, si gros que je le sens battre au fond de ma gorge. Il a souffert. Ne savait plus comment battre.

J’en ai lu des histoires difficiles, des livres éprouvants. Mais là, par moment… la bile pas loin des dents. Et le malaise. Et la rage. Et les poings. Et puis, de l’autre côté, l’admiration pour cette écriture folle.

Lire l’enfant qui disparaît, et l’enfance qui le suit. L’homme qui n’en a que le nom. L’horreur qui suit. Et l’abîme, profond, qui engloutit.

Lire les chocolats chauds, les quejetaime, l’insouciance. Puis le rapt et l’horreur. Le monstre. La souffrance. L’ensuite. L’enfant mort resté au fond du corps d’adulte. L’adulte brisé qui cherche comment vivre encore. Comment vivre après. J’ai lu tout ça. Lu à ne plus en pouvoir, de la place San Marco jusqu’au fond du pire.

Mais j’ai surtout lu une merveille d’écriture, de celles qui vous emmènent, vous prennent la main et ne vous la lâchent que bien plus loin. Ne vous la lâchent plus.

Parfois on entre dans un livre comme dans un moulin, et parfois non. Il est des livres qui nous font nous arrêter sur leur pas, ne pas le presser. Cette fois-là, j’ai essuyé mes pieds, pris le temps, regardé. Je m’étais doutée. Et à peine ma tête passée, je l’ai vu, le tapis persan d’encre, et les mots travaillés, et les phrases ajustées. On n’est pas chez n’importe ici. Madame Desesquelles on dit. Celle qui a écrit beau le laid. Celle qui a poétisé l’immonde. Celle qui a écrit le cœur abîmé et l’esprit mutilé. Celle qui vous prend à la gorge et vous coupe le souffle du bout de sa plume.

J’ai fini ce livre un soir, tôt, mais pas moyen pourtant d’en ouvrir un autre. Il me collait et m’empêchait d’y voir clair. Au matin, presque une gueule de bois, l’ivresse de la veille restait encore. J’avais bu trop de ses mots pour rester sobre. Mais je ne m’arrêterai pas là, je vous lirai à nouveau Mme Desesquelles, et ma tête, j’en suis sûre, tournera encore. Et encore. Et encore.

Tout contre Léo, de Christophe Honoré

📚 4ème de couverture :
« Au milieu de l’escalier, j’ai stoppé net, arrêté par un silence inhabituel.
Sans faire de bruit, je me suis faufilé dans la salle à manger.
J’ai laissé la lumière éteinte et je me suis posté dans l’axe du passe-plat, un peu en arrière, pour rester dans le noir. De là, on voit toute la cuisine. Et j’ai vu.
J’ai vu mon père et ma mère serrés l’un contre l’autre près de l’évier et qui sanglotaient. Jamais je n’avais imaginé que mon père avait des yeux qui pleuraient. »
C’est comme ça, seul dans le noir, en regardant sa famille pleurer, que Marcel apprend que son frère aîné est malade du sida. Qu’il va mourir.
Et c’est à partir de cet instant que lui, Marcel, P’tit Marcel comme ils disent, doit faire comme s’il ne savait rien.

🖋 Mon avis :

Léo a le SIDA. Et trois frères. Parmi eux, il y P’tit Marcel, le p’tit dernier. Celui à qui on taira mais qui saura quand même. Celui qui va garder ces mots cachés et vivre avec, en les tenant fort au creux de ses poings, enfoncés au fond de ses poches. Et qui serrera les dents pour sourire grand.

Tout contre Léo, c’est un enfant, des frères, une famille. C’est P’tit Marcel et ses 10 ans.

Tout contre Léo, c’est tout ce qu’on ne dit pas. Tout ce qu’on cache aux enfants, parce qu’ils ne sont pas assez grands. Tout ce dont on croit les préserver mais dont on ferait mieux de parler. Les secrets, les messes basses, les masques. En leur cachant, on les laisse seuls, on les abandonne, face à ce qu’ils savent en secret ou qu’ils croient deviner. A les croire trop petits, on n’est souvent pas bien grands. Parfois, il faudrait moins protéger pour mieux accompagner. Lâcher le parapluie pour tenir la main.

Tout contre Léo, c’est la vie haute comme trois pommes, et un ver au milieu. C’est la maladie et la mort à hauteur de gosse. C’est un livre pour enfants, mais pas que sûrement.

En à peine 100 pages, Christophe Honoré nous ouvre la porte derrière laquelle on se cache, enfant, pour écouter ce dont les adultes ne veulent pas nous parler. Et celle du cœur, tout jeune, qui apprend à saigner.

Paru en 1996, je l’ai lu souvent et, aujourd’hui encore, il arrive à me bouleverser. Et ça, voyez-vous, je suis contre. Tout contre. Toujours. ❤

Travail soigné, de Pierre Lemaître

📚 4ème de couverture :

Dès le premier meurtre, épouvantable et déroutant, Camille Verhoeven comprend que cette affaire ne ressemblera à aucune autre. Et il a raison. D’autres crimes se révèlent, horribles, gratuits… La presse, le juge, le préfet se déchaînent bientôt contre la « méthode Verhoeven ». Policier atypique, le commandant Verhoeven ne craint pas les affaires hors normes, mais celle-ci va le laisser totalement seul face à un assassin qui semble avoir tout prévu. Jusque dans le moindre détail. Jusqu’à la vie même de Camille qui n’échappera pas au spectacle terrible que le tueur a pris tant de soin à organiser, dans les règles de l’art…

🖋 Mon avis :

Mr Leprofesseur.

Dans sa classe, ça ne rigole pas.

Règle n°1 : installez-vous bien parce que vous n’êtes pas prêts de vous lever.

Règle n°2 : silence. On se tait et on lit.

Règle n°3 : sortez papier, crayon et carte bancaire. Vous saurez pourquoi bientôt.

Enfin, pour être honnête, je crois que vous le savez déjà. La trilogie Verhoeven n’a pas besoin de moi pour faire parler d’elle. Tant pis pour vous, je suis là quand même.

Alors, je vous en dis quoi ? Des corps en morceaux, un inspecteur nabot, de la littérature… voilà. Quand on se dit que, sûrement, les auteurs s’inspirent des meurtres les plus horribles pour écrire, Mr Lemaître décide que dans son livre, ce sera l’inverse. Rien que ça. Bah non, pas rien que ça. Mais je ne vous dirai rien d’autre. Rien d’autre que « putain, c’était bien ! ». Un bon putain vaut tous les mots. Alors ce sera le seul.

Ce que je peux ajouter toutefois, c’est qu’au fur et à mesure, j’ai noté les références et commandé la suite sans attendre de l’avoir terminé (règle n°3 : papier, crayon, CB. CQFD), et pourtant, croyez-moi, j’ai pas traîné. Ça fait ça les bons bouquins, ça colle aux doigts jusqu’à la fin. Et comme c’est une trilogie, je me prépare donc à me faire des moufles avec les deux derniers. Et avec le temps qu’il fait, ça tombe pas si mal.

PS : Encore une fois, j’ai lu sur l’invitation de labibliothequedejuju. Enfin, sur l’invitation… il a plongé sa main au milieu d’une rangée de livres pendant une de nos ballades en librairie, en a sorti celui-ci et m’a dit : « Comment ça ?! Tu n’as jamais lu Lemaître ?!! Mais il faut ! Lis celui-là d’abord. ». J’ai pris peur et le livre avec. Il y a des ordres qui se discutent pas. Maintenant que j’ai fermé la dernière page, je comprends mieux le regard qu’il m’avait lancé. C’était aberrant de ne pas l’avoir lu plus tôt !

Une petite robe de fête, de Christian Bobin

📚 4ème de couverture :

« Celle qu’on aime, on la voit s’avancer toute nue. Elle est dans une robe claire, semblable à celles qui fleurissaient autrefois le dimanche sous le porche des églises, sur le parquet des bals. Et pourtant elle est nue – comme une étoile au point du jour. À vous voir, une clairière s’ouvrait dans mes yeux. À voir cette robe blanche, toute blanche comme du ciel bleu. Avec le regard simple, revient la force pure. »

🖋 Mon avis :

Je lisais un policier et comptais bien le terminer dans le week-end, mais ce samedi-là, rien ne s’est passé comme je l’avais projeté la veille. Il y a des jours comme ça, qui ne se ressemblent pas. Non pas que ce que je lisais ne me plaisait pas, au contraire. Mais ce matin-là, il n’était pas pour moi. Les livres, voyez-vous, c’est un peu comme les parfums, on les choisit sur l’instant. A l’envie. Et ce jour-là, dès le réveil, il me fallait d’autres mots au creux du cou. Ce sera Bobin. Sans me l’expliquer, c’est lui que je voulais. Je le sentais.

Il faut s’écouter, vous savez. Toujours. C’est donc ce que j’ai fait, encore. Et je m’en suis remerciée, dès les premières pages. L’instant avait eu raison, mon cœur aussi. Et sur ma peau, dès l’aube, ses mots. Pas les miens sur les siens, non, les siens sur les miens. Ceux qu’il me fallait, ceux que je voulais, ceux que je cherchais. De l’encre noire sur ma page que je ne pensais pas si blanche.

N’ouvrez pas ce livre en y cherchant un début. Ne le refermez pas en y cherchant une fin. Ce n’est pas une histoire. Cette petite robe d’été est un patchwork. Des réflexions dans des histoires. Et des mots, beaux. Si beaux.

Nous connaissons-nous Mr Bobin ? Pour que vous me touchiez autant, je ne peux imaginer que non. J’ai même cru, parfois, que vous aviez écrit pour moi. Suis-je donc à ce point universelle ? Évidemment. Mais ça ça ne fait pas tout. J’en ai tourné des pages, croyez-moi. Elles étaient belles pourtant, souvent, mais elles ne me parlaient pas tout le temps. Tandis que là… Je me suis lue dans vos mots. Je me suis vue dans vos phrases. Au point d’en sortir, troublée. Au point de ne pas en sortir. Troublant.

Et vous lecteurs, connaissez-vous Bobin ? Il y en a sûrement qui, comme moi avant, ne l’ont jamais pris entre leurs mains. Si c’est le cas, n’attendez plus. Enfilez cette petite robe de fête, ou laissez-la vous habiller. Oui, laissez-la faire. Vous n’aurez pas le choix de toute façon, elle se posera sur vous dès vos yeux posés sur elle. Un mot, puis un autre, puis les autres… Cousus. Brodés. Du prêt-à-porter aux allures de sur-mesure. Alors, vous penserez peut-être, comme moi, que ce n’est que pour vous, mais cette beauté-là, il me semble, se pose sur tous.

Voila donc comment je me suis retrouvée habillée par Bobin. Un samedi matin. Et bientôt, c’est certain, d’autres matins, d’autres samedis, d’autres Bobin…

Egarer la tristesse, de Marion Mc Guinness

📚 4ème de couverture :
À 31 ans, Élise vit recluse dans son chagrin. Quelle idée saugrenue a eu son mari de mourir sans prévenir alors qu’elle était enceinte de leur premier enfant ?
Depuis ce jour, son fils est la seule chose qui la tient en vie, ou presque. Dans le quartier parisien où tout lui rappelle la présence de l’homme de sa vie, elle cultive sa solitude au gré de routines farouchement entretenues : les visites au cimetière le mardi, les promenades au square avec son petit garçon, les siestes partagées l’après-midi…
Pourtant, quand sa vieille voisine Manou lui tend les clés de sa maison sur la côte atlantique, Élise consent à y délocaliser sa tristesse. À Pornic, son appétit de solitude va vite se trouver contrarié : un colocataire inattendu s’invite à la villa, avec lequel la jeune femme est contrainte de cohabiter.

🖋 Mon avis :

J’avais envie de légèreté. Je voulais lire en fleurs et en été. Alors j’ai ouvert Egarer la tristesse, et j’ai respiré. L’air marin de la côte atlantique, le jardin, les tasses de café, le cœur brisé. Je savais ce que j’allais lire et je ne me suis pas trompée.

Ça fait du bien parfois, de succomber, de laisser aller. De lire une histoire qu’on pense connaître déjà. Moi en tout cas, ça m’a réchauffée.

Alors j’ai lu Elise, jeune veuve et jeune maman. J’ai lu sa peine et son bonheur, et le repli de son cœur vide et douloureux autant que plein et amoureux. Le poids du deuil, celui de l’enfant. Une hanche chacun. Les larmes d’un côté, les sourires de l’autre. Difficile dualité. Quand l’amour de sa vie disparaît au moment où l’amour de leurs vies apparaît.

Je reconnais que j’y ai trouvé quelques longueurs, et, a contrario, d’autres passages trop raccourcis. Mais j’ai pris du plaisir, vraiment, et c’est la seule chose qu’il faut retenir. Et l’écriture de Marion Mc Guinness n’y est pas pour rien. Elle m’a offert une parenthèse douce comme le sable sous les pieds. Je l’ai regardée recoudre un cœur morcelé, petit à petit, à l’abri des abricotiers. Et ça a fait du bien au mien.

On lui reprochera, je le sais déjà pour l’avoir lu ici ou là, une histoire aux ficelles usées, attendues, déjà connues, et un genre facile, loin des Goncourt. Mais vous savez quoi, tout ça je m’en fous un peu. Beaucoup même. Si je devais décerner des prix, ils ne plairaient sûrement pas aux bien-pensants. Et puis les genres, je vous l’ai déjà dit, ne m’intéressent pas. Ils ne décident jamais pour moi.
Et là, j’avais besoin de cette histoire-là. Précisément. Alors merci Marion McGuiness. Avec Élise, vous avez mis du soleil dans ma pluie.

Opus 77, de Alexis Ragougneau

📚 4ème de couverture :

« Un jour, dans mille ans, un archéologue explorera ton refuge. Il comprendra que l’ouvrage militaire a été recyclé en ermitage. Et s’il lui vient l’idée de gratter sous la peinture ou la chaux, il exhumera des fresques colorées intitulées La Vie de David Claessens en sept tableaux. Je les connais par cœur, ils sont gravés à tout jamais dans ma médiocre mémoire, je peux vous les décrire, si vous voulez faire travailler votre imaginaire :
L’enfant prodige choisit sa voie.
Il suscite espoirs et ambitions.
Le fils trébuche, s’éloigne, ressasse.
Dans son exil, l’enfant devient un homme.
Le fils prodigue, tentant de regagner son foyer, s’égare.
Blessé, il dépérit dans sa prison de béton.
Mais à la différence des tapisseries de New York, ton histoire est en cours ; il nous reste quelques tableaux à écrire, toi et moi, et je ne désespère pas de te faire sortir un jour du bunker. La clé de ton enclos, de ta cellule 77, c’est moi qui l’ai, David. Moi, Ariane, ta sœur. »

🖋 Mon avis :

Entrez, installez-vous. Rang F, place 14. Chut, parlez sotto voce, ça va commencer. Mais le maestro a les mains couchées…

Nous sommes tous ici pour rendre un dernier hommage à Claessens père, ancien pianiste devenu chef d’orchestre de grande renommée. Et aujourd’hui, c’est sa fille, Ariane, qui va jouer. Pour lui, pour nous, pour eux. Pour leur famille abîmée. Pour elle. Pour son frère. Un concerto pour violon joué au piano, l’Opus 77 de Chostakovitch. La sœur rejoue le frère, parle du père, effleure la mère. Leur famille sur une partition.

Nocturne (moderato). Sans faire de bruit, je suis entrée et me suis terrée. Sous le piano. De là, j’ai écouté les voix frotter les cordes et les frapper. Je n’y connais presque rien à la musique, mais j’ai tendu l’oreille, attentive. Piano, elle est entrée et mon cœur a vibré. Pizzicato. Coll’arco. Avec les doigts, avec l’archet. Ne me parlez plus. Ecoutez.

Scherzo (allegro). Emportée. C’est monté crescendo. Je ne pouvais plus le lâcher. Prise dans l’orchestre, impossible de partir. Ariane, j’ai suivi ton fil. Tes mains posées sur les 88 touches du clavier m’ont fait entendre ton piano, son violon, ta famille. Ses déchirures. Les pieds en équilibre sur la tablature, je n’ai raté aucune mesure. J’ai entendu l’importance des silences, regardé la baguette du chef, observé les mains des musiciens. Votre musique, désaccordée, abîmée. C’est fort, beau et puissant. J’entends.

Passacaglia (andante). Les pages volent, englouties par la cadence. Le violon devient maestro. De tout mon corps, je vous écoute. Mes yeux d’abord, puis mes oreilles, et mon cœur. Je pleure.

Burlesque (allegro con brio – presto). Je m’enivre de ces mots. Les phrases m’ont soulevée. C’est la fin, déjà. Je bafouille et ferme ces pages sur un dernier coup d’archet. Magistral.

Opus 77 donc. Un immense coup de cœur. J’aimerai tellement que vous le lisiez… Les silences sont essentiels mais ne doivent pas durer, alors quand le livre a bouleversé, il faut en parler. Et je n’en ai pas fini, vous savez. Le concert vient de commencer.

Merci mille fois à Babelio et aux éditions Viviane Hamy de m’avoir proposé ce livre. Sans vous, je ne l’aurais probablement jamais lu 🙏

Mille soleils, de Nicolas Delesalle

📚 4ème de couverture :

Ils sont quatre, réunis en Argentine par le travail et des passions communes. Vadim le taiseux aime la physique des particules, et le bel Alexandre a installé des panneaux solaires sur les 1 600 cuves de l’observatoire astronomique de Malargüe. Avec ses yeux clairs, Wolfgang est un astrophysicien rêveur, spécialiste des rayons cosmiques d’ultrahaute énergie. Quant au jeune Simon (qui consulte toujours Clint Eastwood avant de se décider), il doit écrire un article sur ces rayons pour le CNRS. Ils ont quelques heures pour parcourir 200 kilomètres de piste et prendre leur avion à Mendoza. Pourtant, en une seconde, leur existence va basculer.
Que faire quand le drame survient et que, du haut d’un volcan, seul le ciel immense de la pampa vous contemple ?
Avec ce huis clos à ciel ouvert, Nicolas Delesalle signe une histoire d’une intense émotion parcourue de paysages sublimes, d’instants tragiques mais aussi d’humour et de poésie. Un roman envoûtant, qui reste longtemps en tête une fois le livre refermé.

🖋 Mon avis :

Quand @shaalorstulisquoi m’a proposé d’être la prochaine hôtesse de ce livre voyageur, la Bree Van de Kamp en moi s’est réveillée et j’ai immédiatement accepté (vous connaissez mon amour pour les services postaux que ça allait faire travailler…). J’ai mis des chocolats sur l’oreiller, enfilé ma plus belle robe (de chambre…) et débouché ma meilleure bouteille. J’etais prête. Touchée d’avoir été choisie, convaincue par la démarche initiée par @quintessencelivres, je n’ai rien voulu savoir de plus. L’aventure, c’est l’aventure !
☀️
J’ai donc ouvert Mille soleils en aveugle, lunettes vissées sur le nez. Et grand bien m’en a pris. Je n’en attendais rien, il m’a donc tout donné.
☀️
Ça commence vite. Phrases courtes, empilées. Une valise se remplit, le temps manque. Il faut se dépêcher. En voiture.
Et c’est dans l’habitacle, sur une route sud-américaine, que j’ai fait la connaissance de Vadim, Wolfang, Alexandre et Simon. Tour à tour. Je les ai écoutés, sondés. J’ai entendu leurs coeurs, leurs souvenirs. J’ai regardé avec eux par les vitres. Il faisait chaud. Ils roulaient vite.
Dérapage.
Un tonneau. Puis deux. Puis d’autres. Et alors le temps se suspend puis s’étire. Au milieu du désert, une voiture couchée. Rien n’a bougé, à peine de la poussière soulevée. Mais les hommes, eux… En une fraction de seconde, ne restent plus que des débris, de carrosserie et de vies.
☀️
Je n’avais jamais lu Nicolas Delesalle. Quelle erreur ! Dès les premieres lignes, il m’a cueillie et emmenée avec lui, auprès d’eux. Dans leur attente. Dans l’après. Dans leurs souffrances et dans leurs solitudes. Dans la culpabilité, la peur, les questionnements et la chaleur. L’un après l’autre, ils se diront à eux-mêmes, en quelques mots prononcés tout haut, mais surtout en tous ceux qu’ils ne diront pas.
☀️
Quand l’immensité immobile et silencieuse du désert se confronte à l’agitation des esprits bouleversés. Quand le drame survient et brise bien plus que des corps, laissant à terre des morceaux de soi. Miroirs cassés, échoués. Mille soleils pour mille reflets, de lumière et d’hommes.

Merci encore à celles qui ont permis à ce livre de venir jusqu’à moi. Grâce à elles, j’ai découvert un livre et un auteur à côté desquels je serais sûrement passée. Et j’aurais loupé une très belle lecture.

Le manufacturier, de Mattias Köping

📚 4ème de couverture :
Le 19 novembre 1991, une poignée de paramilitaires serbes massacrent une famille à Erdut, un village de Croatie. Laissé pour mort, un garçonnet échappe aux griffes des tortionnaires, les Lions de Serbie. Un quart-de-siècle plus tard, l’avocate Irena Ilić tente de remonter la piste jusqu’à la tête du commando, le sinistre Dragoljub.

Le 1er avril 2017, les cadavres d’une femme et de son bébé sont retrouvés dans la banlieue du Havre, atrocement mutilés. Niché dans le dark Web, un inconnu sous pseudonyme revendique le double meurtre et propose les vidéos de ses crimes à la vente sur son site Internet… Depuis quand sévit-il ? Prêt à transgresser la loi, le capitaine de police Vladimir Radiche s’empare de l’affaire qui sème la panique sur le pays, au risque de voir l’inimaginable s’en échapper.

Les deux investigations vont se percuter avec une violence inouïe. L’avocate et le flic ont des intérêts divergents et sont prêts à se livrer une guerre sans merci. Emportés dans l’abîme du terrifiant conflit yougoslave, les enquêteurs évoluent dans un vertige noir, gangrené par la violence et la corruption, où les plus pourris ne sont peut-être pas ceux que l’on croit. Crimes contre l’humanité, meurtres en série, fanatismes religieux, trafics entre mafias sans scrupules, l’étau se resserre au fil des chapitres. Les égouts de l’Histoire finiront par déborder, et vomir des monstres trop vite oubliés.
N’ayez pas peur.
Oui, il y a tout cela dans Le Manufacturier.

Non, il n’y a pas d’autre issue.

🖋 Mon avis:

Serbo-croate. J’avais 11 ans et ce mot me revenait sans cesse. Télé, radio, journaux. Je n’en savais pas grand chose si ce n’est que ça tapait, fort. Que là-bas aussi, les gens n’arrivaient pas à s’entendre. Que là-bas aussi, on pensait tout résoudre en faisant couler le sang et régner la terreur.J’ai demandé pourquoi, mais la haine c’est complexe. Ça prend souvent racine tellement loin qu’on n’en voit plus le début. Ça va souvent si loin qu’on n’en voit pas la fin. Alors on m’a dit « tu es trop jeune. C’est compliqué. ». Entendez par là « on n’y comprend rien non plus ». A ce moment-là, je n’ai pas cherché, et le mot est resté. Quelque part entre ma tête et mon coeur, coincé dans le fond de ma gorge, avec tous les autres conflits compliqués. Impossible à avaler, impossible à cracher. Impossible à comprendre vraiment, même plus tard, même en essayant.

Serbo-croate. Tiens, le voilà qui revient. Dans un livre qui ne m’expliquera ni la haine, ni le sang. Dans un livre qui ira encore plus loin que ce que j’avais imaginé. Dans un livre qui parlera de ça mais pas que. Dans un livre dont je ne vous dirai rien de plus, parce qu’il faut le lire.

Mais vous n’êtes pas prêts, je vous préviens. Personne ne l’est. Après l’uppercut de Les démoniaques, je pensais être armée, mais ce n’était rien. Le manufacturier m’a coupée, tranchée, saignée. Autopsie d’une lectrice…

– Examen général : c’est pas beau à voir. Il faudra recompter pour être sûr, mais à vue de nez, il y a plus 500 pages plantées partout dans les chairs.

– Examen pupillaire : plein phare, dilatation maximale. La cornée est salement amochée. C’est du sang, là ? Si, juste au coin ? Ah oui.

– Incision en Y. Sortez lui le cœur. Ouch ! Il a morflé aussi. Comme si on lui avait serré, pressé à l’extrême. Appuyez pour voir. Les larmes coulent. Les poumons peinent. Merde. Elle vit encore. Remballez !

– Scalp. Le cerveau a l’air libre. A l’air, oui. Libre, non. Pris dans un étau de mots, enchaîné par des phrases, il est impossible à sortir. On notera des tâches d’encre plein le cortex préfrontal. Ça remue là-dedans. Oh, je crois même que ça fume. C’est pas vrai ! Il y a encore quelqu’un ici aussi ! Ça craint.

– Analyse du bol alimentaire : Elle avait mangé léger. Heureusement. Par contre, ça sent le rhum. Faites une prise de sang, faut vérifier l’alcoolémie.

Allez messieurs, on referme. Sutures. Ça va pas être beau, je vous préviens. Il restera des traces. Ça va la marquer, c’est sûr. Tant pis. Rangez moi ce sac, on n’en a plus besoin finalement. Faut croire que c’était pas son heure. Envoyez-la en réa.

Bilan à J+3 : à surveiller. Elle n’a plus de Köping à se mettre sous les yeux, le manque va être difficile à gérer. On a bien cru l’avoir perdue mais elle a tenu bon. Désolés pour les cicatrices, on pensait vraiment que c’était fini… Elle est costaud quand même ! Mais dites lui d’y aller mollo la prochaine fois. Et de ne conseiller ce livre qu’à des gens qui auront été préparés avant. On n’a pas que ça à foutre.

Bilan définitif : la patiente semble aller bien. Très bien même. Apparemment, « she’s köping », de ouf.

And you, are you köping too ? ( oui,en anglais. Je vous refais les dictionnaires dans toutes les langues. Je trouvais que ça sonnait mieux.)